Fragments nocturnes

"Enfant, je faisais souvent un rêve étrange: j’avalais un drap sans fin. Aujourd’hui encore, il me semble que ce drap me revient, morceau par morceau, pour nourrir mes créations — comme si, à travers lui, je devais raconter le monde et sa sensibilité."

' MADELEINE, LA PETITE LAVANDIÈRE ' (2m40 x 1m80)
Peinture-Collage-Broderie-Couture 
sur drap de lin recyclé

Une jeune fille voyage à travers le temps. Bien que son absence soit palpable, sa présence ne fait aucun doute. Elle revient dans les paysages de son enfance, portée par le souffle de la mémoire, pour transmettre son histoire comme on lègue un secret précieux.

Création d’une pièce textile à partir d’un vieux drap de lin, usé, oublié, marqué par le temps. En fil conducteur : le geste des lavandières, ces femmes qui lavaient le linge. Il s’agissait d’inscrire sur ce tissu récupéré l’empreinte d’un temps révolu — comme une manière de rendre au monde une part de sa mémoire effacée.

J’ai tenté, à travers ce support, de traduire ma vision de plasticienne et designer textile : un voyage au croisement des générations, des gestes et des savoir-faire, dans un paysage réinventé, ancré dans le présent.

Dans ce « Paysage-couture », construit autour de la figure centrale de la lavandière, j’ai mêlé plusieurs techniques : dessin, peinture — notamment le gris de Payne, une teinte que j’affectionne pour sa profondeur bleutée —, photographie, collage, couture et broderie à la main au fil bleu foncé. L’ensemble s’est nourri en grande partie d’éléments de récupération.

L'envers du tissu révèle autant de richesses que sa face visible... C'est pourquoi j'avais choisi de la suspendre au sein de la Chapelle Michel de Veules-les-Roses en Normandie sur une corde à linge comme un drap qu'on met à sécher..


Une mise en scène accompagne l’ensemble : bassine, pinces à linge en bois, savon de Marseille — clins d’œil au geste ancien, au rituel du lavage.